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  Auteurs: François Brunelli et Heinz Göpfert
  Adaptation pour le site: Jean-Claude Michel

Le casse-tête des Russules -
troisième partie : Espèces à teintes vertes ou brunes

24ème lettre

Mon cher neveu,

Prolongeons, si tu le veux bien, notre approche des russules, genre qui déconcerte et intrigue à la fois. Je te présente aujourd'hui quelques espèces ressemblantes - et prêtant donc à confusion - dans les tonalités vertes ou brunes.

Probablement la plus connue des Russules vertes, la Russule charbonnière (Russula cyanoxantha [Schaeff.] Fr.) se trouve de préférence dans les chênaies et les hêtraies. C'est l'une des rares espèces de Russules dont les lames sont molles, souples et non cassantes. Sa sporée est blanche, sa chair bien ferme et son chapeau s'habille de couleurs variées, en mélange sur les mêmes carpophores: de vert à violet, à lilas, à gris ardoisé. Il existe une forme vert pur (R. cyanoxanfha forma pelfereaui Sing.), du nom du mycologue français Peltereau (1842-1928).

La Russule gris-violet (Russula grisea Fr.) présente aussi des teintes analogues, sa saveur est aussi douce, mais d'une part ses lames sont cassantes et ocre crème, et d'autre part cette espèce montre des teintes rosées-lilas sous la cuticule et dans les morsures. Elle vient dans les mêmes stations que la russule charbonnière.

Bien différente est la Russule verdoyante (Russula virescens [Schaeff.] Fr.) dont la cuticule pruineuse et près du vert-de-gris présente un aspect remarquablement craquelé. Sa sporée est blanche, sa chair est douce et ferme et son habitat préférentiel est un sol siliceux en forêt de feuillus.

Par contre, la Russule vert-de-gris (Russula aeruginea Lindbl.) présente une cuticule brillante, un peu collante, finement réticulée et séparable jusqu'à mi-rayon. Malgré l'adjectif «vert-de-gris», traduction exacte de l'épithète latine, sa couleur est plutôt vert tilleul pâle, souvent mêlée de tons grisâtres. Sporée crème ocre clair. Saveur un peu, mais nettement, acre. Peu fréquent dans nos régions, ce champignon aime des sols acides et accompagne les bouleaux.

Parmi les Russules de couleur brune ou brun rouge on commet beaucoup d'erreurs de détermination en confondant des espèces relativement ressemblantes. Ici, odeur et saveur sont à apprécier en priorité, car il existe des espèces différentes déconcertantes par leur similitude de couleur et d'habitat.

Une des espèces brunes les plus répandues est la Russule entière (Russula intégra [L] Fr. ss. R. Maire), espèce douce à sporée jaune d'œuf. Son chapeau est brun à brun pourpre, visqueux, brillant, souvent olivâtre au centre. La marge est nettement striée-onduleuse. Cette espèce, dont le stipe est blanc, peut être aussi parfois brun olive clair. Elle vient sous conifères, sur sol calcaire, en plaine comme en montagne.

De couleurs très ressemblantes est une espèce toxique, la Russule brun bai (Russula badia Quel.), dont la sporée est ocracée et la saveur acre et brûlante. La couleur des lames est très proche de celle de la Russule entière, mais par contre son stipe est souvent lavé de rosé et, si elle vient aussi sous conifères, elle préfère les sols acides. Un bon nez est ici un précieux auxiliaire de détermination: la chair de la Russule brun bai sent de manière caractéristique l'huile de cèdre ou le bois de crayon, rappelant souvent l'odeur épicée du bois de thuya. On confond aussi la Russule entière avec la Russule à chair brûlante (Russula firmula J. Schaeff.). Son habitat est montagnard, aussi sous conifères à sol calcaire. Sa couleur varie de brun vineux, brun gris bleuâtre à brun, avec le centre pâlissant à olivacé. Odeur quasi nulle, mais chair acre et brûlante; la sporée est jaune d'œuf, ce qui colore les lames d'ocré orangé, donc de couleur plus foncée que chez la Russule entière.

Deux espèces de Russules brunes occasionnent moins de maux de tête au déterminateur car, en comparaison avec beaucoup d'autres espèces, la couleur de leur chapeau est nettement constante.

La Russule ombonée (Russula amara Kucera [= R. caerulea]) a un habitus spécifique typique, soit d'une part une cuticule brillante brun violet et d'autre part un mamelon obtus évident que l'on ne retrouve chez aucune autre Russule. La chair blanche est douce, mais la cuticule est amère! Les lames sont d'une jaune butyracé et chaud, ce qui laisse deviner une sporée jaune clair. On peut trouver cette belle Russule ombonée dans les pessières acides.

Facile à reconnaître et souvent chassée comme appréciable comestible est la Russule couleur de belette (Russula mustelina Fr.): grosse espèce à chair compacte et ferme, elle mystifie maint mycophage par sa couleur brune rappelant le Bolet cèpe! À sporée crème clair, ce champignon vient dans les forêts montagnardes nées sur roches primitives. Deux bon critères de détermination: ses lames ventrues, jaune crème et, surtout, dont les arêtes se tachent de rouille, comme aussi son pied trapu, épais et dur.

Voilà pour aujourd'hui. Dans mon prochain et dernier message sur les Russules, je te parlerai de quelques espèces qui peuvent avoir deux couleurs différentes, et aussi des espèces blanches ou noires. En attendant, tu as le bonjour de                                                                                 

Tonton Marcel

Russule verdoyante - Russula virescens [Schaeff.] Fr.

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