Lettres à mon neveu Nicolas
Mon cher neveu,
Je te remercie de m'avoir donné de tes nouvelles.
Tes lignes me prouvent que tu as suivi mon conseil: en observant
attentivement et consciemment autour de toi, tu as pu découvrir
dans le sous bois bien des choses qui t'avaient tout bonnement échappé autrefois.
Tu as bien raison de constater que les champignons que tu
as découverts appartiennent pour la plupart à l'ordre
des Agaricales. C'est en effet dans ce groupe qu'on trouve
la majorité des espèces de grande taille; il
en va cependant tout autrement en ce qui concerne les «petites» espèces.
.
Parlons donc d'abord des Agaricales. Mais pour tenir un
dialogue, il faut que les deux interlocuteurs se comprennent,
qu'ils
parlent le même langage. Les médecins et les
juristes ont leur jargon et souvent je ne les comprends pas
parce que leur vocabulaire m'est étranger. Pour que
notre conversation dans le domaine des champignons soit compréhensible,
il est, absolument nécessaire d'apprendre le langage
des mycologues. C'est la raison pour laquelle ma deuxième
lettre est une leçon de vocabulaire: je veux d'abord
te préciser comment se nomment les différentes
parties d'un carphophore.
Oui, tu as bien lu: carpophore:
les spécialistes de
la branche savent justement que le «champignon» ne
comprend pas seulement une partie externe et visible le carpophore
justement, mais aussi une autre partie, généralement
invisible à l'oeil nu, une partie végétative
et habituellement pérenne, enfouie dans le sol, dans
le bois ou dans une brindille morte où elle mène
une vie cachée à nos yeux: le mycélium.
Ce matériel, qui bien sûr fournit au champignons
sa nourriture, est nommé le substrat.
Sur une page à part, j'ai dessiné pour toi
un carpophore en vue perspective ainsi qu'une coupe longitudinale
de sa moitié; cette coupe médiane met en évidence
certains caractères importants, comme tu le verras
par la suite. Chez presque toutes les Agaricales, on peut
distinguer un chapeau, des lames (on disait autrefois «feuillets» et
certains écrivent aussi «lamelles») et
un pied (nommé aussi «stipe).
La surface supérieure
du chapeau (surface piléique)
est revêtu d'une cuticule soirs laquelle se trouve
la chair (ou la trame). La bordure externe se nomme la marge;
elle est parfois appendiculée (voir plus loin). Une étroite
zone circulaire autour de centre du chapeau est nommée
disque (ou région discale). La surface piléique
est souvent décorée d'écailles, de lambeaux,
de flocons, de fibrilles ou autres éléments.
Le rôle essentiel du chapeau est de porter les lames
et de les protéger, par exemple de la pluie.
Le chapeau
est soutenu et surélevé par le pied,
dont la partie supérieure est dite le sommet et la
région inférieure la hase qui peut se renfler
sous forme de bulbe. Le Champignon de Paris, ainsi que bon
nombre d'autres carpophores portent, dans la moitié supérieure
de leur pied une sorte de collerette nommée un anneau:
Cet attribut désigné par le terme de voile
partiel est relié au bord du chapeau des jeunes sujets
et protège ainsi les lames avant leur maturité.
Lorsque le chapeau s'épanouit, le voile partiel se
déchire, tombe autour du pied sous forme d'anneau;
des restes du voile partiel peuvent aussi rester fixés à la
marge, qui est alors dite appendiculée.
Chez certaines
espèces, comme par exemple chez l'Amanite
phalloïde, les jeunes carpophores sont totalement enveloppés
dans une membrane nommée voile universel, comme un
veuf dans sa coquille. Lorsque le pieds s'étire en
hauteur, ce voile universel se déchire: des parcelles
peuvent rester parfois sur le chapeau sous forme d'écailles
ou de lambeaux qu'on peut la plupart du temps enlever facilement
(on dit alors que ces écailles sont détersiles).
L'aspect des restes du voile universel sur le pied peut être
très variable: S'ils sont membraneux et relativement
bien marqués, on dit que la base du pied est entourée
d'une volve.
Je mets un point final momentané à cette
leçon de vocabulaire, mais il y en aura encore plusieurs
autres.
En attendant, tu as le bonjour de Tonton Marcel

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